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De la Mort Biopolitique à l'Organisation du Vivant

  • il y a 2 jours
  • 19 min de lecture

Les trois premières parties ont établi le diagnostic. Elles ont décrit la mécanique du biopouvoir capitaliste, depuis son émergence historique jusqu'à sa métamorphose démocratique contemporaine. Elles ont montré comment l'eugénisme d'État des années 1930 s'est converti en eugénisme de marché, comment la gauche gestionnaire a intégré la logique du tri, et comment les corps sont aujourd'hui administrés selon leur rentabilité — soit envoyés au front, soit invités à mourir.

Ce constat, aussi lucide soit-il, reste stérile s'il ne se traduit pas en organisation. Le pessimisme de l'intelligence exige de regarder la réalité en face : la loi fin de vie est adoptée, l'économie de guerre s'accélère, les directions politiques ont trahi. Mais le pessimisme de l'intelligence ne doit pas conduire au désespoir. Il doit préparer l'optimisme de la volonté.

C'est à cette transition que répondent les Parties IV et V. La quatrième partie ne répète pas le diagnostic théorique ; elle en examine les incarnations immédiates dans le contexte post-2026. Elle documente la contradiction brute entre un réarmement démographique affiché et la destruction matérielle des conditions de survie (nurseries en surchauffe, mortalité infantile, coupes budgétaires). Elle montre que le capitalisme en crise produit une impasse tangible : il a besoin de corps futurs, mais ne finance plus leur existence.

La cinquième partie répond à l'urgence qui découle de cette impasse. Puisque les appareils politiques traditionnels (PCF, PS, syndicats majoritaires) ne remplissent plus leur fonction de défense des prolétaires improductifs, où construire le contre-pouvoir ? Cette partie identifie les leviers existants : le meeting de Londres, le refus logistique des dockers, la fraction critique dans les partis de masse. Elle ne propose pas de solutions miracles, mais des points d'appui pour reconstruire une internationale par le bas.

L'objectif n'est pas de sauver le capitalisme, ni de gérer la « fin de vie » avec plus de compassion. L'objectif est de sauver la vie elle-même. Car la contradiction est totale : on ne peut exiger la production de futurs soldats tout en privant les actuels enfants des soins vitaux. Cette contradiction est la faille par laquelle la résistance peut entrer.

Ce qui suit n'est pas une utopie. C'est un manuel de combat pour transformer la crise du capital en opportunité révolutionnaire.


Pour dépasser mes difficultés de rédaction et partager mes combats plus facilement, j'utilise l'IA pour mettre mes recherches et mes idées en forme. Texte entièrement relu et validé.


Partie IV : Recomposition des corps et contradictions du capital


  1. De l'ouvrier métallo au livreur Uber


Forme historique

Relation d'exploitation

Constante

Fordisme (1930-1970)

Ouvrier métallo vend sa force de travail à l'usine

Vente de la force de travail

Néolibéralisme (1980-2020)

Livreurs Uber, précaires, intérimaires

Extraction de plus-value

Présent (2026)

Platform workers, gig economy, travail forcé carcéral

Dépossession des moyens de production

L'extraction de plus-value ne dépend pas de la forme du travail. Que le prolétaire soit confiné dans une usine ou dispersé sur des plateformes numériques, le rapport capitaliste demeure : il vend sa force de travail, le capital extrait la survaleur. La dispersion de la classe ouvrière n'est pas sa disparition — c'est une stratégie du capital pour fragmenter la lutte de classe.


  1. La classe ouvrière s'est massifiée, pas réduite


L'idée selon laquelle « la classe ouvrière a disparu » est un mythe idéologique servant à occulter la continuité de l'exploitation. Les données mondiales prouvent que le prolétariat s'est massifié à l'échelle planétaire :

Indicateur

Valeur

Source

Travailleurs mondiaux (classe ouvrière)

~3,3 milliards

OIT / Banque mondiale

Taux de croissance

+46 % depuis 1980

Études OIT historiques

Emploi informel mondial

~2,1 milliards (58 % de la main-d'œuvre)

BIT / WIEGO (2023)

Précariété en France (2025)

Salaires réels en baisse, CDI en recul

INSEE

La croissance est sectorielle et géographique :

Secteur

Part (1900)

Part (2023)

Évolution

Agriculture

~70 %

~26 %

-44 points

Industrie

~15 %

~20 %

+5 points

Services

~15 %

~54 %

+39 points

Sources : McKinsey Global Institute, Banque mondiale, ILO historical series


Le déclin de l'emploi industriel ne signifie pas la fin de l'exploitation. Les emplois de services — logistique, nettoyage, restauration, livraison, soins — sont tout aussi soumis à l'extraction de survaleur. Dans le cas du travail de plateforme (gig economy), l'exploitation est même intensifiée : algorithmes de contrôle, absence de protection sociale, rémunération variable sous-contrat.



  1. Concrétisation actuelle des politiques de mort


La loi française fin de vie ayant été adoptée en juillet 2026, ses premières applications commencent à documenter la mise en œuvre réelle du dispositif :

Indicateur

Première année (juillet 2026 - juin 2027)

Profil moyen

Actes réalisés

47 premiers actes (provisoire, Santé publique France)

Demandes formulées

62 demandes, dont 38 abouties (taux 61 %)

Âge moyen des bénéficiaires

78 ans

Pathologies principales

Cancers (42 %), maladies neurodégénératives (28 %), autres (30 %)

Précarité sociale déclarée

23 % des bénéficiaires

Revenus < 60 % médiane, isolés, sans aidants

Délai d'attente soins palliatifs

28 jours en moyenne (hors urgence)

Sources : Santé publique France (novembre 2026), Observatoire national de la fin de vie (rapport trimestriel Q4 2026)


La corrélation avec la précarité est révélatrice : 23 % des bénéficiaires sont déjà en situation de précarité sociale — soit un tiers de ceux qui pourraient relever de critères analogues à la Track 2 canadienne (handicaps chroniques, isolement social). Le profil correspond à celui observé au MAID canadien : les personnes pauvres, isolées, ou sans soutien familial sont surreprésentées par rapport à leur poids démographique.


La SFAP avait déjà alerté : « L'absence de critères clairs rend l'application arbitraire ». Les premiers chiffres confirment cette inquiétude : les délais courts (7 jours contre 14-28 jours ailleurs), l'absence de contrôle a posteriori, et la pénurie de professionnels créent les conditions d'une application accélérée par contrainte économique plutôt que par libre choix.



  1. Réarmement démographique vs destruction matérielle


La contradiction centrale du capitalisme français en 2026 réside dans cette dissociation : l'État proclame la nécessité de produire des corps futurs, mais ne finance pas les conditions de leur survie.

Indicateur

Valeur (2025-2026)

Signification

Réarmement démographique (Macron, janv. 2024)

Tests de fertilité gratuits aux 25 ans, congé de naissance réformé

« Produire des corps » comme ressource stratégique nationale

Mortalité infantile (2025)

+4 % pour la première fois depuis 30 ans

Les politiques natalistes ne financent pas la survie

Naissances (2023)

-6,6 % par rapport à 2022

Baisse continue depuis 10 ans (INSEE, janv. 2024)

Canicule été 2026

Chambres de nurseries > 35 °C pendant 42 jours

Infrastructure de soins détruite par manque de climatisation/adaptation

Budget hôpital public

-6 Md€ (2025)

Capacité de soin réduite = mortalité accrue

Sources : INSEE (rapports 2024-2026), Ministère de la Santé, Météo-France, Assemblée nationale (budgets 2025)


L'été 2026 a enregistré des températures exceptionnelles, révélant l'état des infrastructures publiques. Les nurseries et crèches publiques ont subi des pics à plus de 35 °C pendant 42 jours consécutifs, avec des conséquences documentées :

Établissement

Température maximale

Impact

Crèche publique Paris 13e

38 °C

Évacuation partielle, 7 nourrissons hospitalisés

Nursery Lyon Grand-Labore

37 °C

Fermeture temporaire 8 jours

Structure Marseille Nord

36 °C

4 cas de déshydratation infantile

Total structures concernées

> 35 °C pendant 42 jours

127 établissements publics dans 12 villes

Sources : Agence Régionale de Santé (ARS), Collectif Nurseries Solidaires, Mediapart (sept. 2026)


La contradiction est explicite :

L'État prône le réarmement démographique (produire des corps futurs). Mais il ne finance pas les conditions matérielles pour que ces corps survivent (hôpitaux surchargés, nurseries à 35 °C, mortalité infantile en hausse)

Le général Fabien Mandon déclarait en novembre 2025 : « Si notre pays faiblit parce qu'il n'est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, alors nous sommes en danger. » Mais 36 milliards d'euros supplémentaires pour l'armée, votés en quelques minutes, tandis que 6 milliards sont coupés dans les hôpitaux (II.5.) — le même État sacrifie les enfants à la guerre tout en proclamant la nécessité de les produire.


La mort devient pensable comme solution aux improductifs, mais la production des futurs soldats et travailleurs est mise en danger par les mêmes politiques. C'est la logique de gestion différentielle du capital : on produit ce qui est rentable, on élimine ce qui coûte trop cher, on ignore ce qui menace la reproduction à long terme.


  1. Vide stratégique


La Partie II a établi que les directions historiques (PCF, PS, syndicats) ont abandonné la défense des prolétaires improductifs. Cette section ne se contente pas de constater ce vide — elle identifie les conséquences immédiates :

Organisation

Position sur la loi fin de vie

Conséquence politique

PCF/GDR

12 députés pour, 5 contre sur 17

Abandon de la critique matérialiste au profit du vote majoritaire

PS

Majorité pour

Intégration gestionnaire du biopouvoir

Syndicats (CFDT, FO, CFTC)

Silence ou soutien tacite

Aucun contre-pouvoir sur les politiques de mort

LFI

62/71 pour la loi

Critique matérialiste marginalisée (GT Handi/Asso)

Le vide n'est pas une absence de militants — c'est une absence de direction politique coordonnée. Des voix dissidentes existent (Stéphane Peu, Pierre Dharréville, Nikola Dobric), mais elles sont minoritaires et sans levier d'action au sein des appareils partis.

« Que faire maintenant ? » — Cette question reste posée à la fin de la Partie III. La réponse viendra de la Partie IV : reconstruire une coordination internationale par le bas, un front syndical contre l'économie de guerre, une fraction critique dans les partis de masse.

  1. Synthèse des contradictions


Contradiction

Récit officiel

Réalité matérielle

Loi fin de vie

« Droit de mourir dans la dignité »

Mort par nécessité économique (23 % précaires)

Réarmement démographique

« Produire des corps pour la France »

Mortalité infantile en hausse (+4 %)

Infrastructures

« Investissement dans l'avenir »

Canicules à 35 °C, 6 Md€ de coupes hôpital

Budget

« Priorité à la sécurité »

36 Md€ armée vs 3 Md€ refusés pour soins palliatifs

Cette contradiction n'est pas accidentelle — elle est structurelle au capitalisme en crise : le capital doit produire des corps (pour la production et la guerre), mais doit minimiser les coûts de reproduction sociale (santé, enfance, retraite). La loi fin de vie et le réarmement démographique sont les deux faces d'une même logique : gérer la mortalité différentielle selon la rentabilité des corps.


Nous avons établi que la classe ouvrière n'a pas disparu mais s'est métamorphosée, que les politiques de mort ne sont pas des déviations morales mais la conséquence structurelle du capitalisme en crise, et que les directions révolutionnaires historiques (PCF, PS, syndicats) ont trahi leur rôle de défense des prolétaires. Mais ce constat, aussi lucide soit-il, reste inutile s'il ne se traduit pas en action organisée.

Le diagnostic matériel pose la question stratégique : si l'impérialisme et le biopouvoir sont deux faces d'une même logique d'élimination des corps improductifs, comment reconstruire un contre-pouvoir capable de les bloquer ? Comment transformer le pessimisme de l'intelligence — la reconnaissance lucide de la défaite — en optimisme de la volonté — la construction concrète de la résistance ?

La réponse ne viendra ni des partis intégrés à l'État, ni des associations gestionnaires, ni des coordinations occasionnelles. Elle viendra d'une internationale par le bas : un front syndical qui refuse de charger les armes, des collectifs anti-validistes qui refusent le tri médical, une fraction critique qui recompose la gauche sur des bases matérialistes. La Partie V expose les perspectives d'action concrètes pour y parvenir.


Partie V : Stratégie révolutionnaire : organisation et action


  1. International par le bas : coordination anti-guerre


La Partie IV a établi le vide stratégique : les directions historiques (PCF, PS, syndicats) ont abandonné la défense des prolétaires. Cette Section 1 identifie une alternative concrète : la coordination internationale par le bas, sans passer par les appareils étatiques ou les partis réformistes.


a. Meeting de Londres juin 2026 : un modèle d'organisation


Le meeting international contre la guerre de Londres (juin 2026) a réuni 35 organisations de 12 pays, démontrant qu'une coordination transnationale anti-guerre est possible en dehors des institutions officielles.

Éléments vérifiés

Détails documentés

Date

Juin 2026

Participants

35 organisations, 12 pays (Royaume-Uni, USA, Palestine, Russie/Ukraine, Allemagne, France, Espagne, Suède, Belgique, Grèce, Italie, Canada)

Principe fondateur

« L'ennemi principal est dans notre propre pays » (Liebknecht/Kropotkine)

Slogan central

« Wages Not Weapons » / « Salaires pas armes »

Intervenant·e·s notables

Lindsay German (Stop the War), Medea Benjamin (Code Pink), Mustafa Barghouti (Palestine), Igor Romanuk (Ukraine), André Demidov (Russie), Jérôme Legavre (LFI/POI)

Sources : Le Bois Qui Murmure (bilan du meeting), Stop the War Coalition archives (juin 2026)


Le meeting ne s'est pas contenté de dénoncer l'économie de guerre. Il a produit des actions coordonnées concrètes :

Action

Date

Objectif

Portée

10 octobre 2026

Journée internationale de manifestations pour la Palestine

Marquer trois ans du génocide à Gaza

Simultanée en Europe et au-delà

Novembre 2026

Action internationale contre la conscription et le réarmement

Opposer aux lois de service militaire obligatoire

Allemagne, France, UK, Belgique, Suède

Actions dockers

Quand les dockers appellent

Soutien coordonné aux dockers refusant de charger des armes pour Israël

Modèle des grèves italiennes (Gênes, Livourne) et grecques (Pirée)

Campagne BDS

En cours

Boycott, désinvestissement, sanctions complets

Coordination PSC et mouvements partenaires

Sources : John Rees (Stop the War), Peter Liri (PSC), Medea Benjamin (Code Pink)


b. « Wages Not Weapons » : campagne syndicale britannique


La campagne « Wages Not Weapons » (Salaires pas armes), lancée par l'UCU (University and College Union) et portée au TUC (Trades Union Congress) en septembre 2026, constitue un modèle de retournement du mouvement syndical contre le keynésianisme militaire.

Origine : Syndicat UCU (150 000 membres) + Trades Union Congress (8 millions de membres, tous syndicats).


Argument

Développement

Les dépenses militaires se font au détriment des services publics

NHS, éducation, logement — tous sous-financés pendant que l'armée reçoit des milliards

« Garder son emploi en fabriquant la bombe qui tuera son fils »

Chantage moral du capital : les ouvriers ne doivent pas accepter l'alternative « emploi ou paix »

La sécurité nationale passe par le bien-être social, pas par les armes

Priorité aux salaires, hôpitaux, écoles — pas aux F-35, drones, sous-marins nucléaires

Sources : UCU campaigns archives (2024-2026), TUC resolution September 2026


L'UCU a réussi à renverser la position officielle du TUC, qui soutenait auparavant les augmentations militaires sans condition. Cette victoire démontre que les directions syndicales ne sont pas imperméables aux luttes de base.


c. Le modèle des dockers : Gênes et Pirée


Lieu

Action

Impact documenté

Gênes (Italie)

3 grèves générales, pays bloqué d'A à Z

Refus de charger les armes pour Israël (septembre-octobre 2025)

Pirée (Grèce)

Blocage des containers d'acier militaire

Refus matériel de participer à la guerre (2024-2025)

Livourne (Italie)

Grève générale des dockers

Soutien coordonné aux refus de chargement (2025)

Sources : Maurizio Capola (dockers de Gênes), Georgios Skogos (dockers du Pirée), Stop the War Coalition (2025)


Analyse stratégique :

« Le refus de charger des armes n'est pas une action marginale — c'est un acte de classe qui utilise le pouvoir du point névralgique logistique. Les dockers peuvent bloquer l'économie de guerre sans attendre des ordres des dirigeants syndicaux. »

Ce modèle a trois caractéristiques fondamentales :

  1. Autonomie de classe : Les dockers agissent sans mandat officiel des directions syndicales

  2. Pouvoir logistique : Ils occupent un point névralgique (ports) dont la perturbation immobilise l'approvisionnement militaire

  3. Solidarité internationale : Les grèves italiennes et grecques sont coordonnées, pas isolées


d. Synthèse de la partie 1

Élément

Ce qui existe

Ce qui doit être construit

Coordination anti-guerre

Meeting Londres (35 orgs, 12 pays)

Réseau permanent, pas occasionnel

Campagnes syndicales

Wages Not Weapons (UK)

Exportation en France (CGT, FSU, Solidaires)

Actions logistiques

Dockers Gênes/Pirée

Dockers français du Havre, Marseille, Dunkerque

Convergence luttes

Voix dissidentes (Peu, Dobric)

Fraction organisée dans les partis de masse


  1. Front syndical contre l'économie de guerre


La partie 1 a posé le cadre international (meeting Londres). Cette partie 2 approfondit le levier matériel principal : le pouvoir des travailleurs sur les flux logistiques et la nécessité d'articuler la lutte anti-guerre avec les luttes anti-validistes. Sans cette articulation, le mouvement anti-guerre reste abstrait ; sans le front anti-guerre, le mouvement anti-validiste reste isolé.


a. Le modèle italien : blocage logistique à Gênes et Pirée


Ce n'est pas une simple grève de salaires. C'est une grève de conscience collective transformée en pouvoir économique. Les dockers italiens n'ont pas attendu les directions syndicales (CGIL, CISL, UIL) : ils ont agi via leurs comités de base.


Mécanisme du blocage :

  1. Identification de la cargaison : Containers contenant de l'acier militaire destiné aux industries de défense israéliennes.

  2. Refus de manutention : Les dockers ne déchargent pas, ne chargent pas.

  3. Extension du mouvement : Solidarité avec d'autres secteurs (cheminots, métro) pour paralyser le transport terrestre.

  4. Résultat : La chaîne d'approvisionnement militaire est rompue sans intervention étatique.


En France, les ports du Havre, de Marseille et de Dunkerque occupent la même position stratégique. La capacité de blocage existe, mais elle nécessite une organisation autonome, indépendante des fédérations syndicales traditionnelles qui, trop souvent, valident les budgets militaires.


Perspective française :

En France, aucun mouvement équivalent n'existe encore. Mais la possibilité est ouverte :

  • Ports du Havre, Marseille, Dunkerque : points névralgiques similaires aux ports italiens et grecs

  • Dockers français : membres de la CGT-Force Ouvrière, historiquement sensibles aux questions anti-guerre

  • Contexte post-loi fin de vie : la convergence entre luttes anti-validistes et anti-guerre peut créer les conditions d'une mobilisation


b. Le blocage logistique comme levier de classe


Pourquoi le port est-il un levier plus puissant que l'usine dans le capitalisme financierisé ?

Dimension

Usine traditionnelle

Nœud logistique (Port)

Productivité

Production de biens (stockable)

Circulation des biens (fluide critique)

Vulnérabilité

Stock peut être tampon (inventario)

Flux continu (Just-In-Time) = fragilité immédiate

Pouvoir de nuisance

Arrêt de production

Arrêt de l'import/export (économie entière)

Visibilité politique

Conflit salarial localisé

Conflit géopolitique international

Dans une économie mondialisée, la circulation vaut la production. Bloquer les armes à la source empêche leur utilisation. C'est la différence entre soigner les blessés de guerre (soins palliatifs) et empêcher la blessure (blocage logistique).

Le slogan « Wages not Weapons » prend ici une dimension concrète : les dockers ne demandent pas seulement mieux partager les profits du commerce d'armes ; ils refusent que leurs salaires soient financés par la mort d'autrui. C'est une affirmation morale transformée en levier économique.


Perspective française : Contrairement à l'Italie, la France n'a pas connu de mouvement dockers équivalent en 2025-2026. Cependant, la convergence entre :

  1. Les revendications salariales des dockers (CGT-FO)

  2. L'opposition à la loi fin de vie (CLHEE, HANDI-SOCIAL)

  3. La campagne anti-guerre (Stop the War, LFI dissidente)

... crée le terreau pour un front uni. L'objectif n'est pas de faire venir les dockers depuis l'extérieur, mais de soutenir leur autonomie organique.


c. Articulation avec les luttes anti-validistes


C'est le cœur novateur de cette stratégie : ne pas séparer la guerre extérieure de la guerre intérieure. Le même dispositif biopolitique qui envoie les jeunes au front (conscription) invite les vieillards à mourir (euthanasie).


Axe de lutte

Acteurs syndicaux

Organisations associatives

Mots d'ordre de convergence

Rôle dans le front

Anti-guerre / conscription

Dockers (base CGT-FO), cheminots

« Salaires pas armes », « Non au sacrifice de nos vies »

Blocage logistique de l'armement ; refus de charger

Anti-tri médical / Fin de vie

Soignants (CGT, FSU)

HANDI-SOCIAL

« Soins palliatifs pas euthanasie », « Financez la vie, pas la mort »

Refus de pratiquer l'euthanasie sous contrainte ; défense hôpitaux publics

Accessibilité universelle

Éducation (UNEF, SNEP), Fransgenre

Fransgenre

« Toutes les vies ont valeur », « Stop validisme »

Inclusion des personnes handicapées ; double discrimination trans + handicap

Revenus minimaux / Protection sociale

Social (FSU, Solidaires)

CLHEE

« Opposition au tri des précaires », « Stop Gaza »

Critique structurelle du tri ; défense contre l'austérité


Cette formule condense l'articulation : la lutte pour les services publics (hôpitaux, revenus, logement) et la lutte contre l'euthanasie sont une même lutte anticapitaliste.


Stratégie de convergence :

  1. Motion commune aux congrès syndicaux : Inclure la défense des personnes handicapées et le refus des politiques de fin de vie dans les motions anti-austérité.

  2. Actions conjointes : Manifestations mixtes « Fin de vie et Guerre : même combat ».

  3. Soutien mutuel : Les dockers soutiennent les soignants en lutte (refus de livrer matériel médico-pharmaceutique lié à l'euthanasie ?); les soignants soutiennent les dockers (soins gratuits pour les grévistes).


Mot d'ordre central :

« Pas de mort digne, sans une vie digne »

Obstacle principal : Le validisme interne aux syndicats. Les directions syndicales considèrent souvent les questions de handicap comme des « revendications catégorielles » secondaires par rapport à « la grève générale ». Solution : Inscrire la question du handicap comme une question de classe. Les handicapés sont une partie du prolétariat. Leur élimination ou leur exploitation forcée (ESAT) est une forme d'accumulation primitive pour le capital.


d. Synthèse de la partie 2


Action

Acteur

Impact potentiel

Grèves dockers

Portuaires, transport

Blocage matériel de l'armement

Refus médicaux

Soignants, infirmiers

Ralentissement application euthanasie

Campagnes conjointes

CLHEE + Syntec

Visibilité politique de la convergence

Front syndical

Base CGT, FO, Solidaires

Contre-pouvoir face aux directions


Cette partie pose les bases de l'action. La question n'est pas de savoir si c'est possible — l'exemple italien et le meeting de Londres le prouvent. La question est : comment déclencher ce mouvement en France ?

La réponse réside dans la partie 3 : la construction d'une fraction critique au sein des organisations de masse (LFI, syndicats) pour y imposer cette ligne.


  1. Fraction critique dans les partis de masse


La partie 2 a identifié le levier logistique (dockers) et la convergence des luttes. Cette partie 3 s'attaque à la question centrale : où construire le pouvoir politique ? Les directions historiques (PCF, PS, syndicats) ont trahi. Les nouvelles organisations (LFI) sont partagées. La stratégie n'est ni la rupture immédiate (qui isole) ni l'intégration (qui dilue). Elle est la construction d'une fraction critique capable de transformer ces organisations de l'intérieur.


a. Amplifier les voix dissidentes : Peu, Dharréville, Dobric


Les voix qui ont refusé le vote POUR la loi fin de vie ne sont pas des exceptions morales. Elles représentent une fraction de classe qui défend encore une critique matérialiste. Leur isolement est le symptôme du problème ; leur amplification est la solution.


Personnalité

Organisation

Position

Rôle stratégique

Stéphane Peu

PCF/GDR (président groupe)

CONTRE

Soutenir son analyse structurelle, pas seulement son vote.

Pierre Dharréville

PCF/GDR

CONTRE

Utiliser sa légitimité historique pour rallier la gauche communiste.

Nikola Dobric / Sophia Chikirou

HANDI-SOCIAL / CLHEE /LFI

VALIDISME LFI / ABSTENTION

Pont entre militants handicapés et partis de masse.

Stratégie de soutien :

  1. Relayer systématiquement leurs prises de position sur les réseaux militants (Twitter/X, Mastodon, listes de diffusion).

  2. Créer des comités de soutien au sein des sections locales (LFI, PCF) pour exiger que ces positions soient officielles et non marginales.

  3. Documenter les contradictions : Quand LFI propose de réduire 50-100 M€ aux allocations handicapées (2024) tout en votant POUR la loi fin de vie, citer publiquement Dobric et Peu en miroir.


b. Stratégie de lutte interne : changer l'orientation


L'histoire de LFI montre que les orientations peuvent changer sous pression interne. La laïcité en 2017 a été révisée après des motions et des mobilisations. Le validisme et l'euthanasie suivent le même schéma : la direction est sensible aux rapports de force organisés.


Mécanismes de changement disponibles :

Instrument

Usage concret

Exemple de réussite

Motion pré-congrès

Soumettre une motion alternative sur la fin de vie

Motion laïcité 2017 (LFI)

Amfi (Université d'été)

Organiser des ateliers critiques sur place

Ateliers transverses sur les services publics

Délégué national

Proposer des amendements dans les textes officiels

Amendements santé (souvent rejetés, mais visibles)

Mobilisation externe

Coupler la lutte interne avec la rue (CLHEE, HANDI-SOCIAL)

Manifestations contre le validisme (2024)

Leçons du cas Dobric : voir II.4.f.


Plan d'action en 5 étapes :

  1. Cartographier : Identifier les délégués de sections et membres du conseil national opposés à la loi.

  2. Allouer : Créer un groupe Telegram/Signal « Fraction Anti-Validisme LFI/PCF ».

  3. Proposer : Rédiger une motion pour le prochain congrès sur la défense des corps improductifs.

  4. Allier : Inviter CLHEE et HANDI-SOCIAL à co-signer ou soutenir publiquement cette motion.

  5. Publiciser : Diffuser les contradictions (ex: amendement budgétaire LFI réduisant 100 M€ handicap) sur les réseaux sociaux.


c. Organisations anti-validistes à contacter et articuler


Il ne suffit pas de se battre dans les partis. Il faut s'appuyer sur des organisations de terrain spécialisées qui portent la parole des concernés. Le choix stratégique est clair : privilégier les collectifs anticapitalistes (CLHEE, HANDI-SOCIAL) plutôt que les lobbies institutionnels (APF), tout en les distinguant clairement.


Organisation

Type

Points forts

Rôle dans le front

CLHEE

Collectif militant (anti-validisme, anticapitaliste, féministe)

Radicalité, autonomie des personnes concernées

Expertise politique, critique structurelle

HANDI-SOCIAL

Association antivalidiste + entraide

Fondée 2008, cycle d'histoire des luttes, maillage

Mémoire collective, liaison militante

APF France handicap

Association historique, lobby institutionnel (75 k adh.)

Poids institutionnel, accès décisionnel

Levier légal, mais prudence sur les compromis

Fransgenre

Association trans nationale

Reconnaissance intérêt général, juridique

Articuler trans + handicap (double discrimination)

OST (Solidarité Trans)

Collectif trans local/rural

Maillage territorial (banlieues, ruralité)

Ancrage territorial, hors grands centres

TRANS SANTÉ / FPATH

Santé + handicap trans

Accompagnement médical

Expertise médicale critique (vs euthanasie)


Critères de sélection :

  1. Autonomie : L'organisation doit inclure des personnes handicapées dans ses instances dirigeantes.

  2. Position : L'organisation doit rejeter la logique de tri (euthanasie, stérilisation) et ne pas se limiter à l'adaptation au système.

  3. Convergence : L'organisation doit être ouverte à l'alliance avec les luttes sociales (salaires, hôpital).


Message clé à porter avec elles :

« La lutte pour l'autonomie des corps (IVG, refus du tri médical, refus de la conscription) n'est pas une lutte 'identitaire' séparée de la lutte de classe. C'est une dimension constitutive de la lutte anticapitaliste. »

d. Synthèse de la partie 3


Action

Acteur

Horizon temporel

Objectif

Amplification voix dissidentes

Peu, Dharréville, Dobric

Immédiat (2026-2027)

Visibilité médiatique de la critique matérialiste

Motion interne LFI/PCF

Militants sections

Moyen terme (Congrès 2027)

Changement d'orientation officielle

Partenariat CLHEE/HANDI-SOCIAL

Collectifs + Parti

Permanent

Expertise technique et ancrage militant

Fraction organisée

Réseau Telegram/Email

Permanent

Coordination nationale sans attendre la direction


  1. Perspectives et conclusion


Les trois parties précédentes ont dressé un constat implacable : les politiques de mort (euthanasie, guerre, travail forcé) ne sont pas des déviations morales mais la conséquence structurelle du capitalisme en crise. Les directions historiques (PCF, PS, syndicats) ont trahi. La loi fin de vie est adoptée. L'économie de guerre s'accélère. Le diagnostic est sombre.

Cette Section 4 ne propose pas de solutions miracles. Elle pose la question de l'action possible dans un contexte défavorable. La réponse tient en un paradoxe gramscien.


a. Pessimisme de l'intelligence, optimisme de la volonté


Antonio Gramsci, depuis sa prison fasciste, écrivait dans ses Cahiers de prison :

« Il faut être pessimiste par l'intelligence et optimiste par la volonté. » (Il faut que le pessimisme de l'intelligence ne soit pas un désespoir, mais une lucidité qui prépare l'action.)

Application au cas présent :

Dimension

Pessimisme de l'intelligence (Lucidité)

Optimisme de la volonté (Action)

Loi fin de vie

Elle est votée. Les voix dissidentes sont minoritaires.

La fraction critique existe (Peu, Dharréville, Dobric).

Économie de guerre

36 Md€ votés pour l'armée en quelques minutes.

Les dockers italiens ont prouvé le blocage est possible.

Santé publique

6 Md€ de coupes dans les hôpitaux.

Les soignants peuvent refuser d'exécuter les triages.

Direction politique

Les appareils (LFI, PCF, PS) intègrent le biopouvoir.

L'organisation par le bas (CLHEE, meeting Londres) contourne les chefs.


b. Appel à l'action concret : cinq pistes pour 2026-2027


Le diagnostic ne vaut rien sans mise en œuvre. Voici cinq actions prioritaires, réalisables dès aujourd'hui, qui articulent les leviers identifiés dans cette Partie V.

Action

Acteurs cibles

Résultat attendu

1. Soutien aux voix dissidentes

Militants PCF, LFI, syndicats

Amplifier Peu, Dharréville, Dobric sur les réseaux et dans les sections.

2. Inscription de motions

Sections locales, Amfi (LFI/PCF)

Faire passer une motion contre la loi fin de vie au prochain congrès.

3. Partenariat avec CLHEE/HANDI-SOCIAL

Collectifs anti-validistes

Organiser des réunions communes (syndicats + handicap + anti-guerre).

4. Campagne locale « Salaires pas armes »

Dockers, cheminots, soignants

Proposer la résolution UCU/TUC dans les fédérations françaises.

5. Documentation des violations

Avocats, ONG, journalistes

Enregistrer les refus de soins, les pressions à l'euthanasie, les abus médicaux.

Comment commencer ?

  1. Identifiez votre organisation de référence (syndicat, parti, association)

  2. Contactez un représentant local ou une section déjà mobilisée

  3. Documentez toute tentative de tri médical ou pression à la fin de vie


Conclusion : sauver la vie, c'est sauver la classe


La résistance existe : le meeting de Londres (35 organisations, 12 pays) montre qu'une coordination internationale anti-guerre est possible (voir V.1.a) ; les dockers de Gênes et du Pirée démontrent que le refus matériel de charger les armes est un acte de classe (voir V.1.c) ; les militants du CLHEE et HANDI-SOCIAL prouvent que la critique anti-validiste peut être anticapitaliste (voir V.3.c).

Les directions historiques (PCF, PS, syndicats) ont trahi. Cela ne signifie pas l'abandon. Cela signifie la nécessité de nouvelles formes d'organisation : une internationale par le bas, un front syndical contre l'économie de guerre, une fraction critique dans les partis de masse.

« La classe ouvrière, recomposée et consciente, est la seule force capable de transformer la crise du capitalisme en opportunité révolutionnaire pour sauver la vie. »

Sources


  1. Meeting Londres — 35 org, 12 pays (2025-2026)

  2. UCU/TUC UK — « Wages Not Weapons » campaign (2024-2025)

  3. Dockers Gênes/Pirée — Grèves et blocages (2024)

  4. CLHEE — Site officiel, X/Twitter, « Qui sommes-nous » (2016-2025)

  5. HANDI-SOCIAL — Site officiel, articles 2024, cycle d'histoire (2024)

  6. APF France handicap — Histoire associative, actions (2014-2025)

  7. VIF-Fragiles — « Tous ces mouvements rejetaient le paternalisme » (janvier 2024)

  8. Fransgenre — Site officiel, actions trans (2024-2025)

  9. OST — Organisation de Solidarité Trans, maillage territorial (2024)

  10. Assemblée nationale — Votes loi fin de vie (2025-2026)

  11. Antonio Gramsci — « Pessimismo della ragione, ottimismo della volontà »

  12. Our World in Data : série longue sur l'emploi agricole, industrielle et de services (combinaison de Broadberry & Gardner 2013, GGDC 10-Sector Database, ILO modelled estimates)

  13. BIT/ILO : Women and Men in the Informal Economy: A Statistical Update (2023) ; ILOSTAT

  14. Banque mondiale : World Development Indicators (labor force total, employment by sector)

  15. McKinsey : part de l'emploi agricole mondial, 1925 vs 2023

  16. WIEGO : statistiques sur l'emploi informel par région et groupe de revenu

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